Etrange personnage qu'Hanni El Khatib. Né à San Francisco en 1981 d'une mère philippine et d'un père palestinien, cet Américain trimballe depuis dix ans sa belle gueule de cover boy, ses bagues et ses tatouages de rockeur à peine plus crédibles que la quincaillerie de Johnny Depp. S'il ressemble à un cliché ambulant, ses disques se font en revanche à chaque fois plus aventureux.
Débutée en 2011 sous les auspices d'un rugueux revival garage blues rock, quelque part entre The White Stripes et Jon Spencer, sa trajectoire trouve un aboutissement avec ce cinquième album, carambolage de breaks, de beats, de samples et de riffs, pas forcément éloigné du jeune Beck de Mellow Gold et Odelay. Une chose n'a pas changé en revanche : la musique d'Hanni El Khatib reste toujours aussi mal peignée et la production de ce disque très brute de décoffrage.
Seul le single Alive est plus policé que la moyenne, mais sa mission est claire : devenir le tube qui servira de porte d'entrée vers cet album de laborantin parfois déroutant. Il en a le potentiel. Pour l'anecdote, «I can't believe I survived», les premiers mots de cette addictive ritournelle, n'ont rien à voir avec le coronavirus mais font référence au grave accident de voiture auquel Hanni El Khatib a survécu avant le confinement.
Fabriqué en studio, découpé et inlassablement remonté comme un puzzle électronique, Flight évoque les productions rap les plus folles tout en gardant une saveur rock parfumée au trip-hop. Comme souvent avec ce genre d'exercice de studio dopé aux breakbeats technologiques où la composition n'est pas au centre de l'enjeu, il y a du déchet. Certains titres, comme Leader ou Dumb, sont assez anecdotiques et ne viennent servir que le climat général. Mais, outre l'épatant single déjà évoqué, suffisamment de chansons se détachent, comme le sombre How, le zigzaguant Detroit ou le finale Peace, pour recommander chaudement l'expérience.
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