On ne le répétera jamais assez : Michèle Bernard reste une chanteuse trop méconnue, souterraine, mésestimée. Bien sûr, une frange de la chanson française la défend bec et ongles. Celle du festival de Barjac, du théâtre d'Ivry, ces lieux fidèles qui ne programment pas selon les modes ou les succès du moment. Il y a presque cinq ans, elle remplissait deux Café de la danse à Paris et on croisait dans le public un Jacques Higelin épaté par ce spectacle d'une fraîcheur poétique. Et Anne Sylvestre sur scène, venue partager le duo Madame Anne, chanson de révérence à l'égard de son aînée récemment disparue. Entre elles, une transmission, une gémellité artistique, une amitié solide. Même incursion aussi, fine et intelligente, dans le répertoire pour enfants (elle vient de publier le conte Un poirier m'a dit, avec François Morel). Révélation du Printemps de Bourges en 1978, multirécompensée par l'Académie Charles-Cros, Michèle Bernard n'a jamais raisonné en termes de carrière mais de passion et d'artisanat. Il suffit de se plonger dans les 343 titres de cette intégrale pour mesurer la clarté de la voix, l'écriture souveraine, la tendresse des portraits, la force évocatrice des chansons conscientes, la limpidité des mélodies. Ou l'interprète savoureuse qui s'empare des mots de Robert Desnos, Louise Michel, Gainsbourg… Enfin, on se dit qu'une femme ordonnant «Demain on s'ra vieux /Demain on s'ra morts /Serrons-nous plus forts» doit être considérée comme de première nécessité.
Michèle Bernard, souveraine souterraine
Publié le 08/01/2021 à 17h51
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