Plus de quarante ans après sa disparition, sur la route n°1 qui relie le Cambodge au Vietnam, un livre original honore Gilles Caron (1939-1970), icône du photojournalisme. Sans lamentations, cette bio en images dévoile un reporter au regard droit et généreux, indocile, étrangement laissé dans l'ombre, presque abandonné à l'oubli, alors que ses photos, de Mai 1968 au Biafra, ont marqué les mémoires. Marianne Caron-Montely, longtemps silencieuse, renaît avec ce Scrapbook. S'y déploient les jours heureux, la vie d'un homme en mouvement, sa frappe et les scoops qui devaient le propulser au-devant de la scène, tant il incarnait la clairvoyance d'une profession exigeante.
Marianne Caron-Montely reçoit chez elle, à Dijon, près de la Maison Millière qui servit au tournage de Cyrano de Bergerac - «qui me fait pleurer», dit-elle, enroulée dans ses cheveux gris tels ses yeux.
Comment s’est conçu ce «Scrapbook» ?
Si bizarre que cela paraisse, c’est un livre à plusieurs, je n’aurais pu y parvenir seule. J’ai travaillé avec Louis Bachelot, directeur de la Fondation Gilles-Caron, ma fille Marjolaine et Patrick Tanguy pour le graphisme. Je voulais partager l’homme que je connaissais, construire un livre tonique sur lui, qui lui ressemble, et non pas mon livre. Son histoire était assez forte sans nos jugements et réflexions.
Que diriez-vous de lui aujourd’hui ?
Gilles est un homme curieux, lucide, il sait ce qu'il veut. Avec un immense respect pour les gens qu'il photographie. On a toujours cru que j'exagérais, que je décrivais un




