Paul Strand (1890-1976) est le plus original des classiques. Après avoir enfin abandonné le pictorialisme, mouvement de béatitude, il se sert de la photographie comme d’un outil de connaissance, et ne cesse de travailler à comprendre le monde. C’est un progressiste qui ne transforme pas ses modèles en singes savants ; un artiste, un vrai, amoureux de la lumière et du tirage exemplaire. A cet Américain mort en France, dans sa maison d’Orgeval (Yvelines), où s’enracinait un saule centenaire et quelques poiriers, l’actualité rend un double hommage : présentation de sa période mexicaine, mise en perspective avec le Mexique archiconnu d’Henri Cartier-Bresson (les deux hommes se croisent à New York, en 1935) et parution d’un Photo Poche (1).
Inconnus. Formé à la rude école de Lewis Hine, militant d'une Amérique démocratique, Paul Strand prend son envol grâce à son goût du voyage, du Canada au Ghana. Il est comme un pionnier qui découvre des territoires inconnus, et se demande s'il pourrait s'y plaire, voire s'y établir. D'où cette attention persistante portée aux gens rencontrés ici et là : en France, le rétif de Gondeville, son portrait le plus célèbre, un monument de tension silencieuse ; en Italie, à Luzzara, l'archétype du village immuable au long du Pô, réunion de famille, parapluie et fabrique de chapeaux ; au Maroc, à Tahanaoute, la foule d'un jour de marché, dans une contre-plongée ensoleillée. Sur son carnet de voyages, le Mexique est une parenthèse milita




