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Critique

Pierre Bourdieu, une Algérie photosensible

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Avant d’y consacrer ses premiers livres, le sociologue a photographié la vie algérienne de 1958 à 1961. Des clichés présentés à Tours, qui témoignent de ses liens avec le pays.

ParBrigitte Ollier
Envoyée spéciale à Tours
Publié le 30/08/2012 à 20h16

L'attention que portait aux autres Pierre Bourdieu (1930-2002) se manifesta aussi par la photographie. Quelque temps après son service militaire (appelé du contingent en 1955), il revient en Algérie pour la seconde fois. Alors qu'il est assistant à l'université d'Alger, enseignant philosophie et sociologie, le voici sur le terrain avec ses étudiants et son Zeiss Ikoflex acheté en Allemagne. Avantage de cet appareil photo, où le viseur se niche au-dessus du boîtier, il peut «photographier sans être vu». Non par dérobade, mais en raison d'un contexte explosif, la guerre de libération qui meurtrit l'Algérie. Bourdieu, reporter ? Beau scoop ! Sauf qu'il est hors cadre, préoccupé par «une photographie support de la mémoire, une sociologie visuelle», selon l'expression de Franz Schultheis et Christine Frisinghelli, commissaires d'une exposition titrée «Images d'Algérie, une affinité élective». Tous deux ont sélectionné 150 tirages noir et blanc, pris par Pierre Bourdieu, de 1958 à 1961, et les ont découpés en sept séquences. Quelques photographies, peu en vérité, ont fait la couverture de ses livres : ainsi ces hommes enturbannés assis sur le marchepied d'une voiture (Algérie 60 aux éditions de Minuit). Ou ont été présentées en 2003 à l'Institut du monde arabe, en hommage posthume, accompagnées d'une publication remarquable (1). Mais la plupart sont inédites et, d'une certaine façon, elles enchantent les cimaises du château de Tours et redonnent vie à un

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