Inventer sa propre vie est la priorité d'Antoine d'Agata, né le 19 novembre 1961 à Marseille, de parents siciliens. Au Bal, à Paris, dix ans après son exposition à la galerie Vu, il brouille à nouveau la représentation rituelle avec «Anticorps», manifeste en deux unités de lieu, qui implose la photographie dans son histoire même, et dans son esthétique, proche du vertige. Au-delà du nombre des photographies - 1 000 dans l'exposition, 2 400 dans le livre halluciné qui l'accompagne -, «Anticorps» annonce aussi la réincarnation d'un homme lucide, qui ne cesse de repousser les limites de la bienséance, se soumettant à un face-à-face explosif avec le néant, en écho à ces mots d'Arthur Rimbaud, reproduits telle une joyeuse épitaphe à la page 550 : «On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre.»
Offrandes. Dès l'entrée, dans la première salle du Bal, tout n'est pourtant que tranquillité. Piège ? Impasse ? Sas de décompression ? Des piles d'imprimés, à terre, un écran noir et des murmures de femmes. Rhapsodie : «La poudre blanche est la seule chose respirable. Je la cherche partout où je vais», «chaque jour se transforme doucement en nuit», «la lumière est comme un virus dans les yeux». Pendant treize minutes, ces paroles enregistrées par Antoine d'Agata résonnent comme une invitation à la conversation. Qui sont ces femmes? Des filles sans nom, croisées ici et là, sur ces vastes continents que ne cesse d'arpenter l'auteur d'




