Au fil de sa carrière éblouissante, Irving Penn (1917-2009) s'est construit une prison dorée qu'il a emplie de personnages et de natures mortes, fleurs ou vernis à ongles, tous strictement choisis, quelquefois avec une saine naïveté. Car le photographe de mode le plus pointilleux du vingtième siècle, chouchou du magazine Vogue, reste le symbole du prêt-à-montrer distingué, bien loin des escapades provocantes d'un Helmut Newton, pour ne citer que lui. Irving Penn, même dans ses nus les plus nus, n'attente jamais à la pudeur. Il est à distance respectueuse de ses modèles ; qu'ils soient écrivains ou paysans, géants ou hippies, peu importe, règne l'équilibre du regard, chacun traité avec beaucoup d'égards.
Fruit unique. Nouvelle preuve avec «Resonance», une exposition en 130 tirages accrochés à Venise, où l'on voit comment le maître américain, à la limite de l'introversion, s'est protégé des intrus. Et a imaginé, en studio, une œuvre imposante, à la fois totalement libre et d'une absolue maniaquerie, comme s'il avait espéré, dans son purgatoire eurythmique, atteindre le paradis le plus tard possible. Et peut-être pas en solitaire. L'effet est d'autant plus saisissant que cet ensemble, extrait de la collection Pinault, apparaît lui-même comme surgi des eaux sombres de la lagune, donnant au palais Grassi une atmosphère d'aquarium futuriste.
Conçue par Pierre Apraxine et Matthieu Humery, «Resonance» affiche clairement les obsessions d’I




