Il y a très longtemps, quand on tirait une photo noir et blanc dans un labo, il y avait toujours un moment d’épiphanie, dans le bain «révélateur», comme son nom l’indiquait. Une image apparaissait, fragile, qu’il fallait préserver de la détérioration (elle devenait grise si on ne la retirait pas à temps). Ce n’était jamais tout à fait ce qu’on avait photographié, c’était autre chose. Effet de mémoire, entre le temps vivant de la prise et l’icône obtenue, parfois quelques semaines plus tard.
Chez Oscar Muñoz, c'est le contraire. On guette le moment où l'image disparaît, comme dans Narciso, sa première vidéo (2001). Elle est présentée sur un écran, au mur. On y voit un lavabo, filmé d'en haut. Un autoportrait au trait flotte à la surface de l'eau et ce dessin (de la poussière de charbon) projette lui-même une image au fond de l'eau, sur l'émail, qui le double. Pendant les trois minutes que dure le film, l'eau s'écoule vers le siphon, le visage se déforme, tourne, grimace, se rapproche de plus en plus de son ombre et meurt dans un gargouillis. Puis il renaît, parce que c'est une boucle, et remeurt. Juste à côté, dans la même salle mais au sol, trois bacs de douche à l'italienne accueillent trois projections de Biografías (2002) : ce sont des visages d'anonymes récoltés dans les nécros des journaux, soumis au même procédé mais qui, cette fois, respirent, car à la fin de la boucle, celle-ci repart à l'envers, le visage se reconstitue. Détail amusant : c'est dans




