Alui seul, David Goldblatt, 83 ans, représente une partie de l'histoire contemporaine de l'Afrique du Sud, de l'apartheid à la démocratie. Les quelques extraits, aujourd'hui exposés à la galerie Marian Goodman, démontrent comment celui qui s'affirme «photographe, et non un autre qualificatif» s'obstine à être limpide. Sans effet. Rien de sensationnel, donc, aucun tapage dans le cadre, mais un souffle si fort qu'il offre au spectateur une vision inégalée ; une pensée rigoureuse ancrée depuis les premières tentatives de Goldblatt dans les années 50 et développée plus tard lorsqu'il s'engage dans la photographie.
«Je n'étais pas fait pour le reportage pour au moins deux raisons, dit David Goldblatt. Je ne peux pas affronter la violence, elle m'effraie, et je dois m'enfuir. Et, plus fondamental, ce qui m'intéresse, ce ne sont pas les faits en eux-mêmes, mais tout ce qui a pu amener à tel ou tel événement de la vie quotidienne, leurs valeurs sous-jacentes.» Il n'essaie pas d'arriver avant, ou après, il se laisse guider par son «instinct» : «Je suis né dans le contexte de l'Afrique du Sud, et c'est la compréhension de ce pays qui m'aide à juger du moment où j'interviens.» Il se sent «privilégié d'être photographe», parce qu'il est autorisé «à regarder des choses d'une autre manière», même s'il s'estime rarement satisfait de son travail. Accordant un grand prix aux livres, et à «l'intimité qu'ils permettent de créer»




