Pour fêter les 50 ans de son jumelage avec Los Angeles, Bordeaux présente notamment à la galerie des Beaux-Arts l'exposition Road Trip, un voyage immobile dans l'Ouest américain en 82 photographies qui (dé)construisent le mythe.
C’est un pari assez osé et pas tout à fait réussi, car il aurait fallu plus d’espace pour donner une chronologie davantage palpable à cette évocation nostalgique. Là, comme ça, partir d’Edward S. Curtis et de ses indiens endimanchés plongeant dans le noir en 1904, pour aboutir à l’an 2000 avec les Black Mountains scotchées par Michael Light, c’est trop rapide. Il apparaît difficile de relier ces tirages les uns aux autres, et l’on a parfois l’impression de sauter dans le temps sans parachute.
Bout de Nebraska
Mais comme les tirages en provenance du Lacma (Los Angeles County Museum of Art) ne manquent pas d’éclat, il suffit finalement de suivre à son rythme cette proposition audacieuse en oubliant le vertige, de mémoriser les noms des photographes qui manquent d’ampleur et d’ouvrir le catalogue, où le texte de François Brunet, dans une belle simplicité, éclaircit les trous de mémoire.
Plus que la majesté vénérable des paysages, frappent les fragments pris ici et là par les photographes, que notre mémoire confisque comme s’ils étaient un idéal possible. Nous aussi, nous participons au mythe en évacuant le hors-champ et en oubliant, exemple, qu’un bout du Nebraska vu par Wright Morris (1910-1998) n’est toujours qu’un bout du Nebraska. Ou que la lune qui se lève en




