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Enquête

L'Ethiopie juge la «terreur rouge»

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Les violations des droits de l'homme commises sous le régime communiste sont aujourd'hui jugées à Addis-Abeba en l'absence du principal accusé, le colonel Mengistu. Une première en Afrique alors que le nouveau pouvoir éthiopien tourne à la dictature.

ParJean-Philippe CEPPI
Addis-Abeba, envoyé spécial
Publié le 14/12/1994 à 23h12

- SUR LE COUP DE DIX HEURES, les quatre procureurs spéciaux, suivis du président de la cour, pénètrent dans la grande salle de l'ancien ministère du Plan, dont le plafond est encore frappé du marteau et de la faucille, symbole du régime que l'on va juger. Puis, les 45 accusés, ex-ministres, cadres du parti ou officiers du régime communiste renversé du colonel Mengistu, s'installent dans le box. Ils forment le premier lot du millier de coaccusés qui suivront. «Colonel Mengistu Hailé Mariam?» appelle le président, comme l'exige la loi. «Absent!» répond le procureur Ato Grima Wakjira, chargé il y a trois ans par le gouvernement provisoire éthiopien d'entamer les procédures judiciaires contre l'ancien régime du «Négus rouge». Puis la cour entame la fastidieuse lecture des 281 chefs d'accusation retenus contre les accusés.

Un précédent historique. Un groupe d'officiers avait alors renversé l'aristocratie féodale sur laquelle régnait le Négus, l'empereur Hailé Sélassié. Ils plongeaient bientot l'Ethiopie dans trois ans de «terreur rouge»: près d'une centaine de milliers d'opposants politiques déportés, torturés et exécutés entre 1976 et 1979. «J'avais 14 ans. La police est venue m'arrêter pour me jeter dans une cave où j'ai été pendu par les pieds. On me soupçonnait d'appartenir à un parti d'opposition. Ils m'ont battu, ils m'ont mis un pistolet dans la bouche, brûlé les pieds et les mains. Je ne pourrai jamais l'oublier.» Ce matin, Yaregal Gessesse, responsable du Comité des victi

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