Menu
Libération
Décryptage

Questions sur Auschwitz

Réservé aux abonnés

- L'«innommable» a maintenant un nom universel: Auschwitz. Il a fallu des années pour que le monde reconnaisse la singularité du complexe de mort Auschwitz-Birkenau, après l'avoir oublié, nié, effacé par souci de propagande (communiste) ou désintérêt (pour le sort des juifs).

Publié le 25/01/1995 à 23h57
L'«inimaginable» du meurtre industriel d'enfants, de femmes, d'hommes, reste sans image, à part des dessins de déportés, quelques photos éloignées prises par un SS et, clandestinement, par les prisonniers des Sonderkommandos qui faisaient fonctionner les chambres à gaz. On a donc pu contester les faits, polémiquer sur les chiffres: les archives allemandes et les témoignages des survivants n'épuiseront jamais les questions sur la plus grande organisation de mort de l'histoire de l'humanité.

Auschwitz, nom germanique d'Oswiecim, petite ville polonaise à proximité de Cracovie, est un terrain marécageux qui a l'avantage, pour les nazis, de se trouver à un noeud de voies ferrées. En juin 1940, les Allemands y installent un camp de concentration dans d'anciens baraquements militaires. 728 résistants polonais y sont enfermés. Au début les prisonniers sont surtout des hommes. On va utiliser cette main-d'oeuvre de déportés pour construire un deuxième camp à 3 kilomètres de là, qui, à la différence du camp de concentration, n'a d'autre but que la mise à mort industrielle: le camp d'extermination de Birkenau (Auschwitz II) est «inauguré» au mois d'octobre 1941.

La technique d'assassinat au zyklon B avait été testée à l'automne 1941 sur des prisonniers de guerre soviétiques, dans une petite chambre à gaz à Auschwitz I. A Chelmno, au mois de décembre, les nazis avaient aussi expérimenté la mise à mort dans des camions spéciaux qui refoulaient les gaz d'échappement.

Le 20 janvier 1942, la conférence de Wannsee des dignitaires nazis organise officiellement «la Solution finale à la question juive» ­ la destruction de tous les juifs d'Europe. Le IIIe Reich a déja tué 1 million de juifs de façon «artisanale» en donnant l'ordre à des unités spéciales, les Einsatzgruppen, de suivre l'armée et de liquider systématiquement les populations juives qu'on fusille au bord de charniers. Mais ces unités spéciales posaient des problèmes de «rentabilité» humaine. Il fallait inventer une indus

Dans la même rubrique