Le «petit quelque chose» qui mine le Kenya
Un rapport de l'université de Nairobi dénonce la corruption régnant dans le pays. De la rue aux hautes sphères étatiques, aucun secteur n'échappe au «TKK», signifiant «donne-moi un petit quelque chose». La situation économique en devient dramatique.
Nairobi, de notre correspondant - IL Y A UN MOT magique, une clé, qu'il faut connaître au Kenya pour se faire ouvrir les administrations, les barrages de police ou les hôpitaux: «TKK», abréviation de l'expression swahili «Toa kitu kidogo», qui veut dire: «Donne-moi un petit quelque chose.» Le «TKK» est devenu aujourd'hui au Kenya un fléau national, un cancer qui ronge la société de la tête de l'Etat à la cellule familiale, allant jusqu'à désintégrer des pans entiers de son économie. C'est ce que révèle une étude encore inédite, commandée par une jeune organisation de juristes (Clarion, pour Centre for Law and Research) et menée par une équipe de chercheurs de l'université de Nairobi, probablement une première sur le continent africain. Financée par la coopération danoise, l'étude promet de provoquer de sérieux remous. Le bureau du président Daniel Arap Moi, qui en a reçu une copie, n'a pas tardé à sévir. Clarion vient de se voir notifier une interdiction légale pour avoir «publié des informations dommageables au gouvernement».
Un environnement favorable à la corruption. Le rapport, il est vrai, ne fait pas dans la dentelle. Sur près de 300 pages, avec sondages à l'appui, il dresse l'invent




