Polémique autour des disparus de la dictature argentine
Buenos Aires, correspondance «Il n'existe pas de liste des disparus.» Le ministre de la Défense, Oscar Camilion, l'a affirmé sèchement à la Cour fédérale de Buenos Aires qui lui demandait la publication des noms des personnes détenues et assassinées, sous la dictature militaire (1976-1983), à l'Ecole de mécanique de la marine (Esma).
L'affaire avait commencé début mars avec les révélations d'Adolfo Scilingo. Cet ancien capitaine de corvette a raconté dans un livre-témoignage, intitulé «le vol», comment il avait lui-même précipité d'avion une trentaine de détenus, drogués mais vivants, dans le Rio de la Plata. Il y précisait que la plupart des officiers de la Marine étaient soumis, par roulement, à la même «mission» hebdomadaire, faisant disparaître les corps d'environ 2.000 personnes en 1976 et 1977 (voir Libération du 9 mars).
Or, c'est également à l'Esma que furent torturées deux religieuses françaises disparues, Alice Domon et Léonie Duquet, séquestrées en décembre 1977. C'est en s'appuyant sur la confession de Scilingo que l'avocat de leurs familles avait obtenu que la Cour fédérale argentine exige la publication des listes des prisonniers exécutés dans ce centre de détention, pour «faire la lumière sur le sort des religieuses et de tous les détenus de l'Esma».
Un espoir prématuré. Mais la réponse gouvernementale soulève une vague de scepticisme. Le procureur du procès des chefs de la junte militaire, en 1985, Julio Str




