Les réfugiés rwandais pris en tenaille
La Tanzanie, débordée, ferme sa frontière et le Burundi refuse leur retour.
Ngozi (Burundi), envoyé spécial «Ngara! Ngara!» La clameur parcourt soudain le flot des réfugiés qui s'étend sur une dizaine de kilomètres et qui a fait halte au sommet de la colline de Kabanga, à 58 kilomètres de la frontière tanzanienne. Sorti d'un petit groupe d'hommes réunis le long de la route, le nom de Ngara, le grand camp de réfugiés rwandais en Tanzanie, se répand comme un cri de ralliement. Aussitôt, les hommes courent à leurs «blindés»: les toiles de plastique bleu du HCR qui sont dépliées et rangées prestement. Les grands bols de plastique sont chargés de sacs de sorgho et de bidons d'huile «Usaid», les bébés en haillon ligotés sur le dos de leurs mères, encore épuisées de la marche de la veille. Les enfants en état de marcher chargent de lourds fagots de bois sur leur petite tête et attendent l'ordre des grands. «On va reprendre la marche dans quelques heures», dit Vincent, un ex-professeur de Butare, au sud du Rwanda.
Comme la plupart des 55.000 réfugiés rwandais qui ont littéralement vidé le camp de Magara, à une cinquantaine de kilomètres de là, Vincent est un de ces Hutus du Rwanda que la prise de Butare par les forces du Front patriotique rwandais (FPR), en juillet 1994, a jeté sur la route et contraint de se réfugier au Burundi voisin. La cohorte est disciplinée, emmenée par des «chefs de zone», et un chef du camp, Elie Nderabanzi, ex-entrepreneu




