Le Burundi en proie au nettoyage ethnique
Les massacres de Hutus par l'armée et les milices tutsies se multiplient.
Bujumbura, envoyé spécial L'ambassadeur américain Robert Krueger est visiblement sous le coup de l'émotion, après sa visite à l'hôpital de Muyinga, près de la frontière tanzanienne: «Une dizaine de blessés hutus par balles, dont un enfant, le visage déchiqueté par une rafale. J'ai vu les radiographies, certains ont les os écrasés à force d'avoir été battus.» Robert Kruger a obtenu de «source absolument incontestable» le récit de ce qui s'est passé. «L'attaque a eu lieu le 13 mars sur le village de Gasorwe, à 15 kilomètres de Muyinga. Les assaillants étaient des soldats en uniforme. On mentionne 150 morts dont les corps ont été enterrés. D'autres attaques, dans la même région, ont fait environ un total de 400 morts.»
Fidèle porte-parole de l'armée burundaise, maintenu à son poste après la tentative de putsch militaire d'octobre 1993, le lieutenant-colonel Jean-Bosco Daradangwe a sa propre version des faits. Pour lui, ce sont des maquisards hutus, des durs du parti Palipehutu venus de Tanzanie, qui ont tiré contre leurs propres coreligionnaires, «par représailles contre les Hutus» qui se seraient solidarisés avec l'armée burundaise, à majorité tutsie, «dont ils empruntent les uniformes». «L'ambassadeur américain a l'habitude de ces déclarations enflammées. Il prend ses informations auprès du clergé et n'imagine pas qu'elles puissent être mensongères, parce qu'il a




