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Reportage

Rwanda, après le massacre, l'épuration

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Publié le 26/04/1995 à 2h35

Rwanda, après le massacre, l'épuration

Les déplacés hutus des camps sont «triés» et rapatriés de force par les soldats rwandais.

Kibeho, envoyé spécial La pelouse du stade de football de Butare, au sud du Rwanda, est jonchée d'excréments humains qui se mêlent à la boue et aux papiers gras. Ici, dans ce «centre de transit» mis sur pied par l'APR, l'armée rwandaise, sont venus s'échouer 3.000 déplacés hutus en guenilles, en majorité des femmes et des enfants. Epuisés par six heures de marche, certains ont de vieux bandages qui suintent, d'autres se sont écroulés face contre terre sur l'herbe souillée. Quelques femmes pleurent silencieusement, leurs yeux pleins de larmes regardent avec terreur les grands gaillards qui les surveillent à la pointe du fusil. Sous un maigre linge, une petite masse humide et tremblotante, seule au fond du stade: deux gamins transis de froid, blottis l'un contre l'autre. A côté, un homme qui râle, le dos transpercé par une rafale d'arme automatique. «Il a attaqué à la machette un vieillard, dit le major Franck, de l'APR, patron de la place. On a voulu les séparer, il s'est retourné contre nous, et il a fallu tirer.»

Ces pauvres hères sont parmi les 130.000 déplacés hutus du camp de Kibeho, nettoyé de force par l'APR durant tout le week-end, une opération qui a coûté la vie à plusieurs milliers de réfugiés: 2.000 pour les Nations unies, 5.000 à 8.000 selon plusieurs ONG. Jetée sur la route de terre battue qui rejoint, à une trentaine de kilomètres de là,

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