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Libération

L'enfer des prisons de Singapour. Témoignage d'un Français libéré après neuf mois de détention.

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Publié le 13/05/1995 à 5h05

Marcel Faucher se souviendra longtemps de ses neuf mois et dix jours

de prison passés à Singapour. «La moitié des gens que j'y ai rencontrés, soit dans les cellules soit au cours des promenades, avaient été battus ou torturés par la police», témoigne cet homme d'affaires français de 45 ans, qui est sorti le 22 mars dernier de sa «prison moyenâgeuse».

Habitant depuis dix ans dans la cité-Etat (3 millions d'habitants), où il avait monté une petite entreprise de traduction et une société de commerce, Marcel Faucher a été condamné le 24 octobre 1994 à quatorze mois de prison (il obtiendra une remise de peine de quatre mois et vingt jours): six mois pour «abus de confiance» (il avait fait deux chèques sans provision), plus huit mois pour avoir omis de renouveler son visa de séjour. Ce dernier délit fut assorti, comme il est de coutume à Singapour, d'un châtiment corporel de cinq coups de canne. Une peine infligée aux immigrants illégaux ou aux étrangers omettant de renouveler leur titre de séjour.

Chaque semaine, a constaté Marcel Faucher, «il y avait une trentaine de cas dans ma prison. Si on ajoute les autres centres de détention, j'estime qu'une centaine de personnes au minimum subissent ce châtiment chaque semaine». Un coup de baguette de rotin laisse une plaie d'au moins un centimètre de large. Au-delà de dix coups, le fessier est proprement «haché». Les bourreaux, qui touchent une prime de 3 dollars par coup, selon Marcel Faucher, sont spécialement entraînés. Pour que l'impact

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