Tokyo, correspondance
Beaucoup de Japonais se posent aujourd'hui la question avec angoisse: après cinquante années d'expansion foudroyante et insolente qui ont fait de l'archipel la deuxième puissance économique du monde et la première puissance en Asie, le Japon a-t-il déjà amorcé son déclin? La récession, déjà la plus longue de l'après-guerre, n'en finit pas; une guerre commerciale larvée commence avec les Etats-Unis; le yen trop fort mine la compétitivité des entreprises; le gouvernement, coalition instable de conservateurs et de socialises, est paralysé; le mythe de la supériorité technologique nippone a été brisé par le séisme de Kobé et ses plus de 5.000 victimes. Le Japon n'apparaît plus comme un îlot de sécurité à l'écart des turbulences du monde depuis que la secte Aum Vérité Suprême y fait planer la menace imparable du terrorisme au gaz sarin...
«Nous sommes en train de perdre confiance en nous, estime Kato Shuichi, 75 ans, philosophe très en vue et respecté. Le doute est là: sur notre capacité à surmonter ces désillusions et sur celle de nos gouvernants à s'adapter à la situation nouvelle issue de la faillite des idéologies, de la crise économique et de la fin de la guerre froide.» «Il s'agit d'un début de crise de confiance. Pour le plus grand nombre, le bien-être matériel occulte encore les problèmes. Mais pour les intellectuels et la jeunesse, l'horizon semble de plus en plus bouché», explique cet ancien médecin qui a vécu la guerre, les bombardements américains




