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Interview

Les impostures d'Aum Vérité suprême

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Pour le professeur Sadao Asami, la religion ne comptait pas pour Shoko Asahara.

ParFrédérique AMAOUA
Tokyo, correspondance
Publié le 17/05/1995 à 4h58

Sadao Asami est professeur d'histoire des religions à l'université Tohoku Gakuin de Sendai. Il est l'un des principaux experts sur les sectes au Japon.

La personnalité de Shoko Asahara est-elle la clef de toute l'affaire?

Depuis le début je n'ai jamais cru à la sincérité de la philosophie d'Aum Vérité suprême, qui découle entièrement de la personnalité de Shoko Asahara, de son enfance et de son handicap (il est malvoyant, ndlr). Enfant, il a réagi très violemment à celui-ci. Je présume qu'il s'est toujours senti en droit d'obtenir une juste vengeance. La religion n'a jamais réellement compté pour lui. Se réclamer à la fois de Bouddha et du Christ n'a pas de sens. J'ai toujours pensé que c'était un imposteur.

Comment expliquez l'attirance d'Aum sur les jeunes?

Une des raisons est propre à toutes les sociétés développées. La cellule familiale se rétrécit, les parents ont tendance à trop couver leurs enfants, à vouloir diriger leur vie. Bref, les jeunes ne savent plus vraiment ce qu'ils veulent faire. Soit ils suivent la voie tracée par leurs parents, soit ils s'en séparent radicalement. Dans la plupart des cas, ces jeunes sont devenus des adeptes de la secte dans le seul but de prendre une direction opposée à celle de leurs parents.

Le système éducatif porte-t-il une part de responsabilité?

Oui, car il est basé essentiellement sur la mémorisation de chiffres et d'événements: c'est du bourrage de crâne. Comme par hasard, la plupart des jeunes que je connais à avoir été embrigadés dans des sectes sont des étudiants en sciences, la filière la plus prestigieuse au Japon.

Comment expliquez-vous la fascination d'Asahara pour la science?

C'était sans doute une manière pour lui d'attirer plus de monde. D'autre part, n'ayant jamai

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