Lima, envoyé spécial
Le 18 mai 1980, après douze années de régime militaire, les Péruviens retrouvent le chemin des urnes. A Chuschi, un bourg montagnard du département d'Ayacucho, une bande armée force les portes de la mairie et incendie le bureau de vote. La cible est éminemment symbolique: le Sentier lumineux ne veut pas de cette démocratie-là. Son chef, Abimaël Guzman, alias «président Gonzalo», professeur de philosophie en rupture de ban à l'université d'Ayacucho, claironne: «Le peuple se cabre. Il déchirera les chairs réactionnaires.» Ce qu'il appelle la «guerre populaire prolongée» commence. 9 avril 1995. Quinze ans et 26.000 morts plus tard, Alberto Fujimori sollicite un deuxième mandat présidentiel. Abimaël Guzman est sous les verrous depuis le 12 septembre 1992. A Ayacucho, berceau historique du Sentier lumineux, les habitants oublient leurs peurs et se rendent, pour la première fois, massivement aux urnes: Fujimori est plébiscité avec 75% des voix (62% à l'échelle nationale).
Mais la guerre est-elle vraiment finie? Le 7 mai dernier, une colonne de «Sentiéristes» a encore tendu une embuscade à un convoi militaire près d'Aucallacu, à 350 km au nord-est de Lima. L'armée a perdu cinq soldats, avant d'abattre quinze guérilleros dans sa riposte. Pas une semaine sans que la presse ne se fasse l'écho d'accrochages, d'assassinats, d'arrestations. A l'évidence, l'organisation maoïste n'est pas complètement démantelée, infligeant un démenti à Fujimori qui avait juré d'y parve




