Menu
Libération
Enquête

L'exil éclaté de la dissidence chinoise. Six ans après Tien Anmen, le mouvement dissident chinois apparaît désuni.

Réservé aux abonnés

Publié le 02/06/1995 à 5h44

New York, Princeton, envoyé spécial

Sous les parasols du café de la New York Public Library, Liu Qing esquisse un sourire amusé devant le spectacle des passants aux bras remplis d'emplettes, de businessmen pressés et de taxis jaunes klaxonnants. Avant son exil, encore récent, aux Etats-Unis, Liu Qing a connu la torture quotidienne des camps de travail de Weinan, dans la province chinoise du Shaanxi. Sur ses onze années de prison purgées pour avoir milité devant le «mur de la démocratie» (1978-79), il a passé quatre ans et demi assis sans bouger sur un tabouret de sa cellule. Remuait-il un doigt, quatre hommes se précipitaient sur lui pour le matraquer au point d'avoir les jambes si enflées qu'il ne pouvait enfiler un pantalon. Ce châtiment devait le contraindre à rédiger une autocritique, qu'il ne consentit jamais.

«Savez-vous qu'en un jour il y a 86.400 secondes?», lâche Liu Qing lorsqu'il parle, paisiblement, de ce laminoir carcéral d'où il est sorti pesant 35 kg. Il a retrouvé aujourd'hui son poids normal, près du double, et une volonté trempée qu'il investit dans l'association qu'il préside, Human Rights in China (HRC, Droits de l'homme en Chine). «C'est l'organisation la plus efficace du mouvement démocratique chinois en exil», juge Andrew Nathan, un expert du mouvement démocratique chinois de l'université de Columbia. Depuis ses locaux situés sur la Cinquième Avenue, elle envoie en Chine une aide financière «humanitaire» à plus de 600 familles de prisonniers politiques

Pour aller plus loin :

Dans la même rubrique