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Portrait

Le monsieur Propre de Milan sali par une affaire. Le juge Di Pietro fait l'objet d'une enquête à Brescia.

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Publié le 07/06/1995 à 5h37

Rome, de notre correspondant

Sans doute Antonio Di Pietro réussira-t-il à démontrer sa bonne foi et son innocence, mais ce sera trop tard: la statue est salie, le mythe s'est effondré. Le procureur symbole de l'indépendance de la magistrature, l'homme qui a fait rêver les Italiens en poursuivant les puissants corrompus que l'on croyait intouchables, est tombé de son piédestal. L'ex-vedette de l'opération «Mains propres», qui s'estime victime d'une campagne de calomnies, a préféré lui-même annoncer, dimanche, qu'il faisait l'objet d'une enquête préliminaire du parquet de Brescia pour une sombre affaire d'emprunt contracté auprès de l'ami d'un assureur véreux. Une enquête qu'il a lui-même sollicitée, dit-il, pour se laver des seaux de boue venus souiller son image depuis sa démission du parquet de Milan, en décembre, et son abandon de la magistrature, en avril dernier.

Que l'affaire ait des suites ou non, voilà les Italiens en proie au soupçon, trop politisés pour croire au hasard, trop cyniques pour croire aux choses simples. «Di Pietro a été naïf», dit son ancien patron, le procureur de Milan, Francesco Saverio Borrelli. Il a raison. Di Pietro est tombé dans un piège banal. D'abord parce que le contexte y était favorable. Les Italiens se lassent vite des héros. Eduqués par le spectacle de papes simoniaques, de rois félons et de ministres voleurs, les Italiens n'aiment pas les moralistes, ni les hommes sans taches, ni tentations. Di Pietro tendait trop à la perfection de l'âme,

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