Devant la Grande Mosquée d'Addis-Abeba, Beyun, fonctionnaire des impôts et musulman, montre du doigt les impacts de balles sur le mur du bureau de poste, sur le trottoir d'en face. C'était le 23 novembre dernier. «Un homme armé d'un pistolet a voulu haranguer la foule pendant la prière. Lorsque nous avons voulu l'expulser de la mosquée, la police est arrivée et a ouvert le feu.» Une dizaine de morts et de blessés seraient restés sur le carreau. Conséquence de ces incidents, plusieurs représentants de la communauté ont été jetés en prison, le bureau du Conseil suprême des affaires islamiques est fermé, et la communauté musulmane vit dans la terreur des «espions» du gouvernement.
Quelques jours après les incidents de la Mosquée, près de 100.000 musulmans ont fait la démonstration massive de leur force, dans les rues de la capitale, réclamant le droit d'appliquer la charia, le droit islamique, pour juger les leurs. En l'occurrence, l'un de leurs chefs, Haji Awel Reja, président du conseil islamique, accusé de corruption, et démis de ses fonctions par une cour islamique. Reja a fait appel devant un tribunal civil qui lui a donné raison, déclenchant la fureur de ses ex-ouailles. Le Premier ministre a finalement rétabli l'autorité de la charia.
Quasiment passés sous silence, ces événements marquent la fin brutale d'un mariage d'amour entre le régime du président Meles Zenawi, issu de la guérilla tigréenne (de la province du Tigré, ndlr) qui a renversé le dictateur communiste Mengist




