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Libération
Reportage

Chen, prisonnier au pays de la liberté. Arrêté il y a deux ans à son arrivée clandestine à New York, il craint d'être renvoyé en Chine.

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Publié le 06/07/1995 à 6h32

Chen, prisonnier au pays de la liberté

Arrêté il y a deux ans à son arrivée clandestine à New York, il craint d'être renvoyé en Chine.

York County Prison (Pennsylvanie), envoyé spécial Deux heures du matin, le 6 juin 1993. La carcasse essoufflée du Golden Venture passe devant le flambeau de la statue de la Liberté, puis se dirige vers les rives du Queens. Les 286 passagers, dont une quarantaine de femmes, entassés dans les cales obscures du navire affrêté par les triades chinoises, se massent alors le long des bastingages. Le teint hâve, rongés par la soif due au manque d'eau douce, l'air hébété au bout de trois mois de cabotage le long des côtes de Chine, de Thaïlande, d'Arabie et d'Afrique, ils contemplent le grand jour à travers les brumes matinales de New York. «Meiguo!» L'Amérique, enfin! Tous se jettent à l'eau, dans une ruée indescriptible, dans une même pensée: toucher terre, à tout prix, afin d'obtenir l'asile aux Etats-Unis.

«Lorsque nous avons vu les lumières de New York, au loin, tout le monde a su que le moment était venu. Mais j'avais peur de me lancer à l'eau. Nous étions si faibles après tous ces mois de cale. Je n'ai plongé que lorsque ceux qui s'étaient lancés en premier eurent atteint le rivage. Zhou, mon meilleur ami, hésitait. Je l'ai pris par la main et il s'est mis à nager derrière moi dans la mêlée. C'était interminable. Les vagues étaient très hautes. Au bout d'un moment, je me suis retourné, Zhou n'était plus là... Ce n'est que quelques jours plus tar

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