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Libération
Reportage

Le spectre de la famine plane sur la SomalieLa faim est de retour dans le pays, déserté par les ONG et ruiné par quatre ans de guerre civile.

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Publié le 28/07/1995 à 6h42

Mogadiscio,

envoyé spécial Dans un concert de cris et de pleurs, alors que l'infirmière somalienne discipline au mégaphone la centaine de mamans se pressant dans la cour, un minuscule bébé dans une balance suspendue se fait mesurer un bras squelettique. L'infirmière se penche sur sa balance: «Un cas grave, le rapport poids-taille est très mauvais.» Ce matin, au centre de soins du quartier de Towfiq, dans le sud de la capitale, on se presse pour quelques grammes d'Unimix, une poudre survitaminée. Ici, c'est un vieillard décharné qui tient par la main une fillette au visage amaigri. Là, une maman désigne avec angoisse les petits pieds enflés de son nourrisson, signe de malnutrition avancée. «La situation est alarmante à Mogadiscio, relève Pierre Gallien, coordinateur de l'AICF (Action internationale contre la faim), au point que nous devons ouvrir quatre centres thérapeutiques.» A Towfiq, les admissions d'enfants mal nourris ont doublé depuis mars.

Quatre mois après le retrait des Casques bleus de l'ONU, la faim refait une apparition brutale dans la capitale somalienne. Une enquête de l'AICF conclue le 7 juillet révèle qu'un enfant sur quatre, dans la tranche d'âge des moins de cinq ans, souffre de malnutrition, dont près de 5% sévèrement. Un enfant sur deux est frappé de maladies liées à une alimentation déficiente: diarrhée, fièvre, vers, etc. Même constat à l'Unicef, qui travaille dans les quartiers les plus inaccessibles, comme celui de Médina, une enclave isolée et secouée

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