Les carcasses enchevêtrées de camions-citernes rouillant sous la
pluie, les restes de sable maculés d'huile et de sang sont devenus un spectacle banal sur les champs de bataille des routes kenyanes. Il y a une semaine, un bus scolaire est entré en collision avec un camion. Treize enfants ont été tués, tandis que vingt-sept autres luttent contre la mort dans des hôpitaux de fortune des environs. Le commandant responsable de la circulation au Kenya a été limogé mais prétend que sa disgrâce n'a pas de rapport avec ce que les journaux et les autorités de ce pays qualifient de «folie», d'«enfer».
Les chiffres de cette tragédie nationale ne cessent d'augmenter. Chaque année, le nombre de collisions fatales augmente de 15%: plus de 2.400 morts sur la route en 1994, plus de 1.500 depuis le début de l'année pour un pays de 28 millions d'habitants, mais au parc automobile qui n'excède pas 500.000 voitures. Rien que la semaine dernière, on a compté 96 morts sur la route.
Conséquence: le carnage affecte même le tourisme, première industrie du pays. Les touristes venus visiter les parcs nationaux ou les plages de l'océan Indien près d'un million en 1994 sont aussi victimes de la route. L'an dernier, douze touristes ont été tués et cinquante-deux blessés. A Noël, un minibus heurtait de front un bus, tuant quatre vacanciers allemands et blessant cinq autres grièvement, sur l'«autoroute de l'enfer», le ruban de goudron creusé de nids-de-poule qui relie Nairobi à Mombasa. Une semaine plus ta




