de notre correspondant
Les joues bien roses et les orteils à l'air dans des sandales de cuir, le père Ron Cairns, 49 ans, exhibe un énorme crucifix de métal sur sa confortable panse. De père écossais et de mère afrikaner, il est depuis quatorze ans à la tête de la paroisse catholique du quartier d'Alexandra, un des townships les plus sinistrés de Johannesburg où arrive aujourd'hui le pape. Ici, le taux de chômage frise les 60%, et ses corollaires, misère urbaine et criminalité, défient toutes les statistiques. «Je n'avais jamais eu de contacts avec un Noir avant d'entrer au séminaire en 1965, raconte-t-il. Là, j'ai pris conscience de ce qu'était l'apartheid. Au séminaire, nous étions mélangés, ce qui était strictement illégal à l'époque. Nous subissions des raids de la police qui cherchait à expulser les novices non blancs, et nous devions les déshabiller et les faire passer pour des jardiniers!» Engagé contre l'apartheid, il est rejeté par une partie de sa famille. «Je me rappelle avoir prêché l'égalité dans des paroisses blanches et avoir vu mes paroissiens quitter la messe. J'ai créé le scandale en baptisant dans mon église blanche un bébé noir.»
En juillet 1981, le père Cairns s'installe à Alexandra Sa paroisse devient un haut lieu des activités anti-apartheid. En 1986, lors d'affrontements entre jeunes noirs et policiers, la paroisse se transforme en clinique. Pour confondre les policiers venus arrêter les jeunes, le prêtre organise leur fuite à travers la foule venue à




