Lugano (Tessin), envoyé spécial
Avec son cou de taureau, sa queue de cheval, ses piaffements lorsqu'il s'impatiente, son sens inné de la provocation et de l'insulte, Giuliano Bignasca, 50 ans, entrepreneur en bâtiment de profession, amateur de cocaïne, éditeur de l'hebdomadaire satirico-poujadiste Il Matino, est le politicien le plus extravagant de Suisse. «L'un des plus dangereux aussi», ajoute-t-on souvent. Sous le portrait de ses grands-parents, dans la pièce aux murs roses où il a fondé en janvier 1991 la Ligue des Tessinois avec Flavio Maspoli, un ex-journaliste, ex-pianiste de cabaret endetté jusqu'au cou, dont le salaire de député est saisi par le fisc, il affirme, sûr de lui, qu'aux élections fédérales de ce dimanche: «La Lega fera au Tessin entre 20 et 25% des voix», comptant rééditer le score faramineux d'il y a quatre ans. Montrant théâtralement son bureau d'un geste de la main, celui qui s'est proclamé «président à vie» de la Lega affirme: «C'est l'autre gouvernement, ici.» De fait, la démocratie directe helvétique a donné un puissant levier d'action à Giuliano Bignasca, qui à coups de référendum perturbe la vie cantonale et a même réussi l'année dernière à convaincre une majorité de ses concitoyens à s'opposer à la création d'un contingent suisse de Casques bleus.
Depuis avril dernier, la Lega, avec ses 16 élus au Parlement tessinois dont une star du porno, est devenue le troisième parti cantonal et devance même les socialistes. Déguisé en juge Di Pietro (de l'opé




