Abidjan, envoyé spécial
Une vingtaine de morts pendant la campagne électorale et des velléités putschistes de l'armée, déjouées à la veille du scrutin, ont pesé sur la présidentielle en Côte-d'Ivoire, qui, hier, a révélé un pays profondément divisé. Massivement boycotté dans les bastions régionaux de l'opposition, transformé en plébiscite dans le fief ethnique du président sortant, Henri Konan Bédié, le vote s'est déroulé sous haute surveillance à Abidjan, la métropole côtière, où se mêlent toutes les communautés. En l'absence de candidats de poids de l'opposition, l'unique enjeu était le taux de participation. Celui-ci indiquera à quel point, deux ans après la mort du «père de la nation», Félix Houphouët-Boigny, la légitimité de son successeur est fragilisée.
Dans l'ouest de la Côte-d'Ivoire, fief de l'opposant Laurent Gbagbo, et, depuis une révolte durement réprimée en 1970, bastion traditionnel de la contestation, l'élection a été «activement boycottée». Suivant à la lettre le mot d'ordre de l'opposition, des manifestants ont abattu des arbres, multiplié des barrages et empêché toute circulation, et, en particulier, l'acheminement du matériel électoral. «Ici, Bédié fera zéro!», hurlaient de jeunes militants du Front patriotique ivoirien (FPI). A Gagnoa, chef-lieu de la région, ils avaient réduit à un périmètre autour de la préfecture, sécurisée par l'armée, l'espace où le vote pouvait s'exercer. Sur une soixantaine de bureaux de vote prévus, ce fut l'unique endroit où le sc




