Rabat, envoyé spécial
L'aéroport de Rabat, le 19 juillet dernier: Jacques Chirac entame son premier périple africain par une visite officielle de deux jours au Maroc. Le soir même, il est reçu au palais royal pour un «dîner intime». Ce jour-là, un autre homme aurait dû prendre l'avion, en sens inverse, pour se rendre en France. Son nom: Ahmed Marzak, un Marocain de 47 ans. Il ne partira pas: enlevé, Ahmed Marzak replonge dans l'univers du Maroc parallèle, disparaît dans le double fond du royaume.
Son passé lui colle à la peau: ayant participé à une sanglante tentative de coup d'Etat en 1971, Marzak est condamné par un tribunal militaire à cinq ans de prison. Mais, le 7 août 1973, lui et 57 autres comploteurs sont tirés de leurs cellules. Pieds et poings liés, un bandeau sur les yeux, ils partent pour un bagne spécialement créé pour eux, dans le Moyen Atlas: Tazmamart. Là-bas, au secret, ils resteront dix-huit ans. Sous la pression internationale, 28 survivants en sortent le 15 septembre 1991. Depuis, Ahmed Marzak se réinsère dans une société qui l'avait enterré vivant. Il soigne ses séquelles, participe à des séances de psychothérapie qu'organise l'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH) et, avec d'autres anciens de Tazmamart, entame la rédaction d'un livre pour se débarrasser des souvenirs qui le hantent.
Le mercredi 19 juillet, donc, Ahmed Marzak aurait voulu quitter le Maroc pour aller se faire soigner en France. A la place, il se retrouve, pendant trente-six




