Fnidek, envoyé spécial
A l'extrême pointe septentrionale du pays, juste en face du rocher blanc de Gibraltar, l'enclave de Ceuta constitue la plus ancienne implantation étrangère en terre marocaine. Depuis qu'ils ont pris pied ici, au tout début du XVe siècle, les roumis (chrétiens d'Europe) se frottent aux autochtones, tissant des liens qui, loin s'en faut, ne sont pas que d'ordre commercial. Aujourd'hui, l'enclave espagnole se retranche derrière une haie de barbelés, à l'ombre de miradors, pour faire face à «l'invasion». En même temps, à Fnidek, la ville jumelle marocaine, certains des plus grands contrebandiers de l'électronique, voire d'alcools forts, portent la barbe du prophète et l'abaya, la stricte gandoura blanche. Pour la cohabitation entre l'Europe et le pays musulman le plus occidental, c'est tout un symbole.
Qu'un «barbu» plonge la main sous le comptoir pour extirper une bouteille de bourbon ne fait de lui, après tout, qu'un bon commerçant. «L'islam ne s'oppose pas à ce qui sert, aux pauvres, de source de subsistance», explique-t-il, aussi inébranlable dans ses certitudes religieuses qu'à l'aise avec les clients européens. Sur la Côte d'Azur marocaine, entre Ceuta et Tétouan, ceux-ci sont nombreux. «On fait ce qu'on veut sur les plages réservées et dans les hôtels», assure une touriste espagnole. «C'est vrai que, depuis deux ou trois ans, les islamistes sont de plus en plus présents. Mais ici au Maroc, l'intégrisme n'est ni politique ni violent.»
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