Istanbul, envoyé spécial
Presque un an après avoir été accusé de «propagande séparatiste» en faveur des Kurdes, l'écrivain turc Yasar Kemal a été acquitté hier par la Cour de sûreté de l'Etat d'Istanbul, devant laquelle il comparaissait pour la quatrième fois. L'audience a été brève, le juge ayant déclaré d'entrée l'intention du tribunal d'acquiter l'accusé, court-circuitant ainsi le projet de la défense de porter l'affaire devant la Cour constitutionnelle du pays afin de montrer que les droits de l'homme en Turquie sont systématiquement bafoués en matière notamment de liberté d'opinion. L'affaire avait démarré en janvier dernier, lorsque Yasar Kemal, âgé de 72 ans et lui-même d'origine kurde, avait publié dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel un long article dénonçant la violente répression exercée par l'Etat turc contre la forte minorité kurde du pays. Le chef d'accusation retenu contre lui le rendait passible d'une peine de deux à cinq ans de prison.
En acquittant Yasar Kemal, la Cour de sûreté de l'Etat a pris hier une décision politique. Car l'affaire était vite devenue un piège pour le gouvernement turc, déjà en difficulté sur le plan diplomatique après avoir infligé de lourdes peines de prison à huit députés kurdes qu'il avait initialement menacés de la peine capitale. La célébrité de l'écrivain, dont l'oeuvre romanesque est traduite dans une trentaine de langues, suscita une vague de protestation dans la presse et l'intelligentsia turque et donna au procès un écho




