Buchanan, envoyé spécial
Dans le grand port minéralier du Liberia, c'est le seul bateau à quai: le Joicy-4, un chalutier dont la coque rouillée s'écaille par plaques entières. Pendant plusieurs jours, le navire avait dérivé au large de Buchanan, l'eau dans la cale étant montée jusque dans la salle des machines. Le capitaine, russe comme la demi-douzaine d'officiers parmi les 23 membres d'équipage, était alors venu à terre, en quête d'une motopompe. N'ayant pas pu laisser, comme caution, l'équivalent de 7.500 F, il avait offert son GPS (Global Positioning System), l'instrument clé de navigation par satellite. «J'aurais fait du cabotage jusqu'à Lagos, mon port d'attache», explique l'homme. A bord de son capharnaüm flottant: des voitures d'occasion, des frigos et congélateurs, des meubles, des tubes métalliques de tout gabarit, des câbles électriques, dont il reste à récupérer le laiton...
C'est du pillage organisé, systématique. Enregistré sous le matricule LA-376598 au Nigeria, le pays contribuant au plus grand contingent à la force de paix ouest-africaine (Ecomog, 7.300 hommes), le Joicy-4 a mouillé pendant des mois dans le port de Monrovia, la capitale libérienne. Sa mission: racheter aux «casques blancs» leur butin, du chariot élévateur à fourche jusqu'au commutateur électrique en passant par des fauteuils, tout ce qui peut encore être arraché ou déboulonné dans un pays depuis six ans en guerre civile. Puis, pour maximiser le gain, quelque 400 passagers sont montés à bord, c




