La remise de prix internationaux à des Africains tourne à un macabre
jeu de chaises musicales. Il y a un an, presque jour pour jour, l'écrivain nigérian Wole Soyinka était à Stockholm où, en l'absence du lauréat, le prix Nobel alternatif de «la bonne façon de vivre» fut décerné à Ken Saro-Wiwa, défenseur de la cause ogonie, une petite ethnie contestataire dans le delta pétrolifère du Niger. A l'époque emprisonné, Ken Saro-Wiwa a depuis été jugé et pendu, le 10 novembre, avec huit autres militants de la cause ogonie. Hier, pour la remise du prix Reporters sans frontières-Fondation de France, la journaliste nigériane Christine Anyanwu, à son tour emprisonnée, était également absente, et sa collaboratrice, Comfort Obi, qui devait réceptionner le prix à sa place, a été empêchée de quitter son pays. Wole Soyinka a donc reçu un prix honnorant l'engagement d'un Africain pour la liberté, «pour la dernière fois à la place d'une voix réduite au silence en prison», comme il l'a confié.
Directrice et rédactrice en chef de l'hebdomadaire The Sunday Magazine, Christine Anyanwu, longtemps l'une des journalistes les plus en vue à la télévision nationale du Nigeria, est emprisonnée depuis le 31 mai pour avoir publié un article écrit par Comfort Obi révélant les noms de dix-neuf personnes arrêtées après une prétendue tentative de coup d'État, le 1er mars. Inculpée de «complicité» et de «recel d'informations», elle aurait voulu «provoquer la panique» et «troubler l'ordre public», selon le po




