Etes-vous déçu du fait que Nelson Mandela lui-même ait pu croire à la «diplomatie tranquille» pour faire plier le régime nigérian?
L'attitude de Nelson Mandela doit être comprise dans le contexte biographique très particulier qui est le sien. Voilà quelqu'un qui, grâce à sa force de caractère, a pu négocier la libération de l'Afrique du Sud avec le régime d'apartheid, c'est-à-dire avec le mal absolu. Qui l'eût cru? Et pourtant, il a réussi. Il n'est donc pas étonnant que, partant de son expérience, il ait pu supposer que raisonner la junte nigériane allait être facile. Mandela a eu un blocage psychologique: il n'a pas voulu admettre qu'en cette fin de siècle il pouvait y avoir un despote noir tuant d'autres Africains, sans scrupules. Hélas, il a dû se rendre à l'évidence et, aujourd'hui, vous voyez sa réaction: il est enragé, il en fait une affaire personnelle.
Et les puissances occidentales?
Leur «diplomatie tranquille» est pure hypocrisie. Voyez la Grande-Bretagne (l'ancienne puissance coloniale du Nigeria, ndlr), particulièrement cynique: après le crime hideux qu'a été la pendaison de Ken Saro-Wiwa, John Major a été à l'origine de cette réprimande amicale adressée aux militaires nigérians consistant à leur accorder deux ans pour revenir à la démocratie et au respect des droits de l'homme. C'est absurde! Combien de gens Abacha doit-il encore tuer pour qu'on décrète enfin un embargo pétrolier?
Ce sont les Etats-Unis qui achètent la moit




