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Libération
Reportage

Haïti prépare sans passion l'après-Aristide. René Préval, du parti de l'actuel président, est donné favori pour lui succéder.

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Publié le 16/12/1995 à 11h13

Port-au-Prince, envoyé spécial

L'homme est posé de guingois sur une chaise plantée au milieu du gazon de la très bourgeoise demeure mise à sa disposition pour les besoins de sa campagne électorale. René Préval souffre du dos. Il a aussi de la fièvre et il tousse pour avoir avalé trop de poussière, la veille, sur les méchantes routes de l'Artibonite, à 150 kilomètres au nord de Port-au-Prince, où il est allé prêcher sa bonne parole aux riziculteurs et aux déshérités de la région. Le collier de barbe vire au gris, les rides accusent une fatigue de quinquagénaire, mais les yeux brillent d'un doux éclat. «Je ne pouvais pas me dérober quand mes amis m'ont choisi pour être leur candidat», explique-t-il, quand on s'étonne qu'il existe des volontaires sains d'esprit pour prétendre assumer la direction du pays le plus pauvre des Amériques, une moitié d'île peuplée de Nègres égarés par l'histoire coloniale et marquée au fer du malheur, de la violence politique et de la misère.

Tout le monde s'accorde en tout cas à voir en René Préval le prochain président de la petite République caraïbe. Du moins, si le scrutin de demain se déroule sereinement, car, dans ce pays qui a vu, un dimanche noir de novembre 1987, des commandos armés massacrer une file d'électeurs dans un bureau de vote, le pire n'est jamais à écarter tout à fait. La toute nouvelle police nationale et les 5.600 Casques bleus des Nations unies ont toutefois mis sur pied un dispositif de sécurité susceptible de décourager les vel

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