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Reportage

Le pouvoir marocain hésite face aux barbusPour les contenir, doit-il intégrer un «islamisme de palais» ou durcir la répression?

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Publié le 20/12/1995 à 11h08

Tanger, envoyé spécial

Les maisons blanches de sa casbah descendant jusqu'aux immeubles coloniaux en bordure de mer, Tanger est le bras ouvert du Maroc, sa baie d'accostage. C'est l'image. En fait, le grand port marocain tourne le dos au pays et à ses propres quartiers pauvres, où s'entassent 750.000 paysans déracinés, soit trois fois plus que la population de Tanger il y a vingt ans. Lors des dernières législatives, cette ville «ruralisée» a voté, avec une large majorité, pour un fqih ­un lettré­ islamiste, Abdallah Chbabou, modeste instituteur.

Ce vote protestataire avait rassemblé une large alliance anti-mafia, hostile aux barons de la drogue, s'étendant du mouvement islamiste Réforme et Renouveau jusqu'à l'extrême gauche, acquise à la «moralisation de la cité». Il déplut cependant au ministère de l'Intérieur. Aussi, d'office, le candidat arrivé en troisième position fut proclamé vainqueur, au nez et à la barbe du prophète. Même s'il a ainsi été sorti par la petite porte électorale, l'islamisme à Tanger, la seconde ville industrielle du Maroc après Casablanca, est entré en politique.

Sans surprise: les partis traditionnels, même ceux de l'opposition, n'y ont plus aucune assise populaire, les syndicats sont quasiment inexistants et l'Organisation marocaine des droits de l'homme (OMDH) ne compte qu'une poignée de militants. Antenne locale pour la défense de valeurs proclamées universelles par l'Occident, ils recensent les abus de pouvoir dans les commissariats.

Un ex-prisonnier

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