Tokyo, de notre correspondante
Six heures du matin, hier. Les rues de ce quartier de bureaux ultramodernes du coeur de Tokyo sont encore désertes avant le «rush» des salariés. 650 policiers, la moitié en tenue antiémeutes, s'apprêtent à expulser 250 sans-abri sous l'oeil des caméras de télévision et d'une meute de journalistes. La mairie avait prévenu: le quartier doit être «nettoyé». Malgré le froid, l'affaire n'a pas traîné. Les SDF qui squattaient un passage reliant l'immense gare de Shinjuku au quartier de bureaux voisin sont expulsés manu militari. A la grande satisfaction des commerçants du quartier et des 200.000 à 300.000 salariés qui empruntent chaque jour le passage.
Car, à Tokyo, les sans-abri doivent supporter le regard généralement dégoûté de la population. «Personne ne leur donne d'argent. Ce serait mal vu. Etre sans-abri, c'est la déchéance totale et les gens n'éprouvent pas la moindre sympathie», raconte un travailleur social. D'ailleurs, les SDF ne mendient même pas. «Ils auraient trop honte», affirmait un jour Masaomi Kaneko, auteur d'un livre sur les sans-abri.
A la charge des forces de l'ordre armées de lances à incendie, les SDF, qui avaient manifesté la veille dans le hall de l'hôtel de ville voisin, ont riposté en lançant des oeufs et des canettes vides. La municipalité avait émis un «dernier avertissement» la semaine dernière et demandé aux SDF de quitter les lieux pour des logements provisoires ou, selon les autorités municipales, ils auront droit à des




