Phnom Penh, envoyé spécial
Le Musée du génocide de Tuol Sleng avec ses barbelés, ses centaines de geôles minuscules, ses salles de torture et ses milliers de photos de victimes horrifiées tapissant les murs est un lieu de mémoire que les Cambodgiens ne fréquentent guère. «Il n'y a que des touristes», constate un guide. «Je ne veux pas et je ne peux pas visiter Tuol Sleng», bondit Lao Mong Hay, le directeur de l'Institut khmer pour la démocratie. «Je m'évanouirais. C'est trop inhumain.»
La moitié de la population est trop jeune pour avoir connu Pol Pot, et l'autre moitié préférerait oublier. D'ici à quelques semaines, les Cambodgiens vont pourtant devoir lever à nouveau ce coin de voile douloureux. Le gouvernement cambodgien va en effet disposer de dizaines de milliers de documents originaux qui lui permettront, pour la première fois, d'instruire le procès en bonne et due forme du régime khmer rouge. Le bureau du Programme sur le génocide cambodgien (PGC), mis en place à Phnom Penh dans la foulée de l'opération de rétablissement de la paix des Nations unies, est chargé de remettre à l'équipe au pouvoir, avant le mois de décembre, toute la documentation qu'il aura pu réunir sur les crimes contre l'humanité perpétrés par les Khmers rouges entre le 17 avril 1975 et le 7 janvier 1979. L'ensemble des pièces du dossier rassemblé par le PGC sera accessible tout début 1996 sur Internet. Entre un million et deux millions de Cambodgiens (sur un total de 7 millions) ont vraisemblabl




