Phnom Penh, envoyé spécial
Le paradoxe est mordant, presque insolent. Trois ans après la fin du processus de paix international, l'un des plus coûteux au monde (près de trois milliards de dollars), qui s'est clôturé par l'organisation d'élections générales supervisées par les Nations unies en mai 1993, c'est le vaincu du scrutin qui s'est rendu maître du pouvoir. Le Funcinpec, le parti royaliste qui a remporté haut la main le vote légitimé par les Casques bleus, se retrouve aujourd'hui presque totalement marginalisé. Hun Sen, le chef du Parti du peuple cambodgien (PPC, ex-communiste), le perdant des élections, s'est imposé comme le maître incontesté du pays en faisant taire les voix les plus critiques. Plusieurs associations indépendantes, dont le très respecté Institut khmer pour la démocratie, font de concert état d'un «nouveau climat de peur» accompagnant un glissement du Cambodge vers un «État policier» et l'«autoritarisme».
Hun Sen partage officiellement le poste de Premier ministre avec Norodom Ranariddh, l'un des fils du roi Sihanouk. Plusieurs provinces et administrations sont également bicéphales, suite à un coup de force du PPC lors des élections qui a contraint le Funcinpec au compromis. Mais aujourd'hui, personne au Cambodge ne se trompe plus sur qui détient la réalité du pouvoir. «Hun Sen s'est débarrassé un par un de tous ceux qui lui barraient la route, soit par le bâton, soit par la carotte», analyse un diplomate. Hun Sen, qui passe de plus en plus son temps r




