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Reportage

Singapour, ordre moral et propretéLe régime autoritaire de Lee Kuan Yew a fait des émules dans la région.

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Publié le 28/02/1996 à 0h42

Singapour, envoyé spécial

Au Boom Boom Room, les «valeurs asiatiques» chères au père fondateur de Singapour, Lee Kuan Yew, ne sont guère apparentes, ni même tenues en très haute estime. Dans le décorum de cabaret de cette boîte de nuit, des homosexuels en paillettes s'exprimant en «singlish» (mélange d'anglais mâtiné de chinois) brocardent allégrement les mesquineries du «leekuanyewïsme». Les travestis ironisent sur la lourdeur des amendes que peut infliger la police pour le moindre papier gras égaré sur un trottoir, ou les excès d'une censure vigilante ­à laquelle les sarcasmes du Boom Boom Room ont toutefois échappé jusqu'ici.

La censure, placée sous l'autorité du Département d'enquête criminel (CID), semble plus souple. Même si quelques artistes sont encore convoqués de temps à autre par les policiers du CDI «pour bavarder», une liste noire d'acteurs et de troupes de théâtre interdits existe toujours, et les antennes paraboliques individuelles sont prohibées... Le tout afin de sauvegarder les «valeurs asiatiques» de ce peuple multiethnique (d'origine chinoise à 78%, mais aussi malaisienne et indienne) de trois millions d'habitants. Mais «les choses vont un peu mieux», dit un résident, donnant en exemple les choix moins puritains de la censure pour les films de cinéma. Ce relâchement relatif est encore très insuffisant aux yeux de nombreux citoyens, très diserts en privé mais guère prompts à protester publiquement.

«La dernière manifestation à Singapour?» Catherine Lim, écriv

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