Palden Gyatso étale sur la table, en soupirant, les instruments de
torture avec lesquels il a été supplicié. Il les extrait d'un petit sac, de la même couleur que sa toge grenat. Des menottes avec lesquelles on le pendait par les pouces, des couteaux à crochets, deux matraques électriques «made in England» et une copie «made in China». «Ça me gêne toujours profondément de raconter tout cela car je suis moine. Mais je veux qu'ici, dans le monde libre, ces choses-là soit sues.»
Palden Gyatso est un lama du Tibet. Il a passé trente-trois ans, entrecoupés de courtes périodes de semi-liberté, dans les camps de travail du «laogai», le goulag chinois. Venu témoigner à Paris, dans les locaux d'Amnesty International (1), il dit vouloir parler pour les milliers des siens «encore dans les camps» chinois du Tibet. «Chaque fois que je mange quelque chose, chaque fois que je me réveille, je pense à eux, qui endurent encore», à «ceux morts sous mes yeux», au rituel des exécutions collectives: la tranchée, creusée d'avance; la présence obligatoire de tous les prisonniers, dont des enfants d'une douzaine d'années; les suppliciés, dont les «crimes» sont inscrits à l'encre, en caractères chinois, à même le corps...
Humiliation calculée. Mais ce qui l'accable vraiment, c'est l'humiliation calculée, planifiée, codifiée dans ses plus petits détails: ce cordon qui lie les mains du condamné, la balle qui sert à l'exécution dûment facturée à la famille du supplicié. Parfois, cette insidieuse «formali




