Une musique douce, diffusée par haut-parleurs, flotte en permanence sur l'île d'Oshima. Sur cette enclave de 59 hectares couverte de pins, reliée quatre fois par jour par bateau-navette à la grande île de Fukuoka, 300 personnes vivent paisiblement dans un sanatorium pour lépreux. Cinquante ans après la découverte aux Etats-Unis d'un médicament reconnu efficace pour le traitement de la lèpre, les malades japonais viennent à peine de retrouver leur entière liberté de mouvement. Le Parlement a voté la semaine dernière l'abrogation de la loi de 1953 sur la prévention de la lèpre, stipulant l'internement obligatoire des malades. En juin dernier, une commission du ministère de la Santé avait reconnu que «le fait d'isoler les malades et d'attiser la peur malgré le caractère peu contagieux de la maladie» avait été une «grave erreur». Le milieu médical japonais fut bien obligé d'admettre à son tour qu'en approuvant tacitement cette loi il avait en fait fermé les yeux sur les progrès de la médecine. La léproserie d'Oshima Seisyoen (le Jardin des pins verts) est l'une des 15 léproseries au Japon. La plupart ont été créées au début du siècle. La France, par contraste, n'a pratiqué que des hospitalisations temporaires en sanatorium spécialisé.
Trop tard. Pour Kazumi Sogano, 69 ans, arrivé sur l'île d'Oshima voilà près d'un demi-siècle, l'abrogation de la loi vient trop tard. «Je veux mourir ici», lâche-t-il. Sur les 302 pensionnaires, 18 y vivent depuis plus de soixante a




