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Sept ans après, le souvenir tabou de Tian AnmenLa Chine réprime systématiquement les signataires de pétitions rappelant le massacre de 1989.

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Publié le 04/06/1996 à 7h23

Pékin,

de notre correspondante Depuis le 24 mai, l'immeuble d'habitation des physiciens de l'Académie des sciences fait l'objet d'une surveillance rapprochée. L'objet de cette attention est un retraité de 89 ans, Wang Ganchang, scientifique estimé pour avoir été le père de la bombe atomique chinoise. Mais le professeur Wang est entré dans le collimateur des autorités. Avec 44 intellectuels et scientifiques, il a signé l'an dernier une pétition réclamant une révision du verdict de Tian Anmen.

Le mouvement démocratique écrasé dans le sang dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 a été classifié «contre-révolutionnaire» par les autorités communistes. Plusieurs centaines de civils avaient été tués lors de l'entrée des troupes dans Pékin. Mais le sujet reste tabou et, sept ans après, les Chinois qui osent encore rompre le silence se font de plus en plus rares.

Le tour de vis contre la dissidence a démarré en mars 1994, alors que les pétitions réclamant un assouplissement des libertés politiques se multipliaient dans tout le pays. Depuis, le contrôle n'a cessé de se durcir. L'an dernier, près d'une dizaine de lettres ouvertes avaient été signées par des dissidents et intellectuels. Cette année, deux pétitions seulement ont pu circuler. Parmi les sept signataires de la première lettre, des intellectuels de Hangzhou (province du Zhejiang), deux ont été arrêtés mardi, Wang Donghai, 49 ans, et Chen Yongde, 36 ans. Ils sont toujours sous les verrous, les autres ont été gardés à vue et interrogés.

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