Rangoon, envoyé spécial
Dans ce pays profondément bouddhiste où les pagodes s'alignent comme des chapelets le long des rues, c'est parfaitement religieusement que chaque week-end, plusieurs milliers de Birmans viennent écouter, à 16 heures tapantes, Aung San Suu Kyi parler derrière la grille de sa résidence. Assis ou debout sur les bas-côtés du 54 avenue de l'Université, ils étaient à nouveau 4.000, samedi et dimanche, à défier le Conseil de restauration de la loi et de l'ordre (le Slorc) c'est-à-dire la junte militaire au pouvoir, qui menace depuis deux semaines d'interdire la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi. Quelques bonzes en toge orange arrivent un peu en retard, essoufflés, en repliant leurs ombrelles, pour se glisser dans la foule compacte, entre un groupe d'étudiants et un quadragénaire qui tend son magnétophone vers les haut-parleurs perchés au-dessus des grilles.
La question est sur toutes les lèvres. Combien de temps encore la prix Nobel de la paix 1991, qui a bénéficié d'une fin d'assignation à résidence en juillet dernier, pourra-t-elle continuer de défier impunément la trentaine de généraux qui tirent les ficelles du pouvoir? Quelques semaines, quelques mois? «Les Birmans veulent la démocratie, lâche un père de famille, mais je crois qu'il n'y a aucun espoir. Les gens ont trop peur», dit-il en désignant un agent du Slorc, photographiant les participants. «Une confrontation est inévitable, juge un diplomate occidental venu s




