Djakarta envoyé spécial
Abdurrachman Wahid, président de la Nahdlatul Ulama, la plus grande association musulmane d'Indonésie et du monde avec 30 millions d'adhérents, est un musulman bien atypique. Partisan d'un islam très tolérant («pour l'essentiel, toutes les religions se valent», dit-t-il), il se prononce contre l'idée même d'un Etat islamique, et puise ses réflexions dans Sartre, Malraux, Camus et Milovan Djilas. Francophile, il a nommé l'une de ses filles Allissa, du nom de l'héroïne de la Porte étroite d'André Gide. Il est intarissable sur les films de Godard et Truffaut, qu'il a découverts pendant ses trois années passées au Centre culturel français de Bagdad, entre 1967 et 1970. Pour l'heure, il est en train de traduire à sa femme, une sociologue, le Deuxieme Sexe de Simone de Beauvoir. Détournement. Personnage émminemment respecté en Indonésie, Abdurrachman Wahid, âgé de 55 ans, est l'un des meilleurs connaisseurs des rouages du régime militaire, et aussi l'un de ses plus virulents critiques. Fondateur du Forum pour la démocratie en 1991, une organisation non gouvernementale dédiée à la démocratisation du pays, le petit homme, bedonnant et à demi aveugle (il est atteint d'une maladie des yeux), fait peur au gouvernement du président Suharto. Wahid ne cache pas qu'il a dû faire face à de nombreuses manoeuvres des autorités pour l'évincer de la direction de son organisation musulmane créée par son propre grand-père. Faute d'y être parvenu, le gouvernement Suh




