Le président de la province de Huesca, en costume marine et en
cravate, se fraye un passage à travers la foule de volontaires en bottes et en bras de chemise, la mine harassée. Ils sont venus de partout, offrir leur aide. «J'étais en vacances près d'ici, dit un ingénieur de Madrid. Mais depuis deux jours je patauge dans la boue de la rivière, qui atteint jusqu'à trois mètres d'épaisseur sur certaines berges.» Barbu, le front en sueur, Rodolfo Ainse, le président de la province de Huesca, s'adresse aux dizaines de journalistes espagnols et étrangers massés sous le petit porche à arcades de la mairie de Biescas, mais pas pour parler de la «polémique» sur l'emplacement du camping dont la presse madrilène s'est emparée, à coups d'interviews d'experts. Il annonce qu'il vient de proposer à Madrid de décerner une «médaille d'or de la solidarité» à sa province. Quant aux responsabilités du drame, «ce n'est pas le moment», dit-il. «Il y a peut-être encore des personnes en danger à sauver. Voilà notre priorité.» Le bilan s'élevait hier soir à 70 morts dont deux Français et un nombre indéterminé de disparus. Les bras levés vers le ciel, il invoque ce qu'il appelle «la mère nature» et «la manifestation de forces supérieures».
Tomas, 72 ans, un des anciens de Biescas, n'est pas du même avis. En chemise à carreaux et en bottes, armé d'une hachette et d'un bâton , il vient de passer la matinée avec d'autres volontaires du village dans l'amas terreux qui est devenu le linceul des campeurs




