Le comité Nobel crée décidément toujours, obstinément, la surprise.
Plusieurs noms ont eu beau être évoqués ces dernières semaines du dissident chinois Wei Jingsheng à l'éternel «Poulidor» du Nobel, Jimmy Carter le comité a fini par pencher pour une cause oubliée: le Timor-Oriental. Le comité a désigné deux lauréats qui en sont le symbole: Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, évêque catholique du Timor-Oriental depuis 1998, et José Ramos Horta, l'infatigable porte-parole de la résistance timoraise. Ancien berger devenu évêque en 1988, Mgr Belo n'a eu de cesse de dénoncer l'occupation par les troupes indonésiennes de cette ancienne colonie portugaise annexée par Djakarta en 1976. La résistance timoraise, qui dispose d'une petite composante armée, est regroupée sous l'appellation Conseil national de la résistance maubérée (CNRM) (1), dont fait partie le Fretilin (Front populaire pour la libération du Timor-Oriental).
Colonie portugaise pendant quatre siècles, le Timor-Oriental, c'est-à-dire la moitié est de l'île de Timor, a vu son destin basculer en 1975. A Lisbonne, la Révolution des oeillets (avril 1974) déclenche une décolonisation brutale. En l'espace de quelques mois, les colons quittent Dili, la capitale du Timor-Oriental. Le Fretilin, mouvement armé dont José Ramos Horta est alors le ministre des Affaires étrangères, prend possession de l'île. L'indépendance est éphémère. Les Timorais ont à peine le temps de s'organiser que l'Indonésie envahit le territoire. Cette annexi




