Tokyo de notre correspondante
A 50 ans, Naoto Kan, ministre de la Santé, est l'homme politique le plus populaire du Japon. Dans un pays où les bureaucrates font la pluie et le beau temps et où le conformisme est la clé de la réussite, nul n'avait prévu l'ascension éclair de cet homme politique atypique, totalement inconnu du grand public il y a encore quelques mois. A la veille des législatives de dimanche, les commentateurs évaluent ses chances de devenir le prochain Premier ministre.
L'improbable est devenu possible le jour où, fraîchement nommé à la tête du ministère de la Santé en janvier, Kan est parti en guerre contre sa propre administration et le puissant lobby pharmaceutique nippon pour faire la lumière sur le scandale du sang contaminé. Quelque 2 000 hémophiles ont été infectés par le virus du Sida par l'utilisation de produits non chauffés. Niant toute responsabilité dans cette tragédie, l'Etat refusait d'indemniser les victimes. Plusieurs années de lutte n'avaient pas permis de régler l'affaire. «C'était la condition posée par mon parti (alors, le Parti pionnier Sagigake) à sa participation au gouvernement. Ma préoccupation était de savoir si je serais capable de tenir ma promesse», dit-il dans un entretien exclusif à Libération.
Fait sans précédent, Naoto Kan ordonne la fouille complète de son ministère et retrouve les preuves accablantes attestant que, dès 1983, les personnes en charge du dossier ne pouvaient ignorer les risques des produits non chauffés. L'onde d




